Lettre à Dominique Bourzeix, responsable des activités 

pédagogiques au Conseil Général de la Seine Saint Denis

Juillet 2013, extrait


Cher Dominique,

[...] j’avais constaté chez les élèves certaines difficultés sur le plan de l’expression verbale. Or, le sens de cet atelier, me semble-t-il, les élèves l’ont perçu. Mais il reste difficile pour nous d’obtenir de leur part des explications  « grammaticales ». Ce qui d’ordinaire détermine « l’évaluation ». Je voudrais souligner à cet égard l’importance qu’ont eu à mes yeux les éclats de rire, au cours des différentes séances. Une avalanche de rires durant la projection du film d’Erwin Wurm, L’homme qui portait un bol sur sa tête pendant deux ans (prenant ainsi à contre-pied l’avalanche de commentaires, durant le film, du conférencier du centre Georges Pompidou). Le verbe to gag en anglais dit par onomatopée le bruit d’étranglement de la parole. « Ça suffoque comme ça suffoque de rire. Autrement dit il s’agit d’une des rares expériences hors du langage, plus exactement l’expérience de la bordure du langage. Le gag n’est jamais du langage parce que c’est toujours un geste » (Fabien Vallos). C’est probablement suffisant pour dire que le gag relève de ce qui peut être montré et non pas de ce qui peut être dit. Raison pour laquelle il trouva son heure de gloire dans les films muets. Durant la journée de restitution, les élèves ont pu découvrir ce moment propre au rituel de la séance de cinéma, concernant leur film, et l’importance de ce rituel dans la transmission, où le rire, dans la salle, évoluant par contagion, trouve une forme, un poids, une structure.